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29.11.10

Gare ouverte

Dans ma tête des phrases comme des wagons se croisent. Je remets mon capuchon. Les mains dans les poches. Je n'entends que du bruit.
On dit qu'il fait froid dans les rues. Sur mon visage la pluie.
Tant pis. Je fais la moue. Les mains en poing au fond des poches.
Finalement, il n'y aura pas de lendemain. Vraiment? Vraiment.
Alors je ne dors pas.
La pluie me fouette le visage. Je pense à boire jusqu'à la lie le bonheur. Je tends la langue. J'en prends plein la gueule.
Voilà que les trains vacillent. Je secoue la tête. Ça ne change rien. Alors j'attendrai le détour. J'attendrai le temps. On dit qu'il passera. Qu'il passera j'ai dit. J'attends. Je dis: attend.

2.12.08

Il risque d'y avoir une fuite

y'a le ciel qui touche les pieds sur le quai de la gare un air froid rend raide comme un bâton de popsicle on croirait la revanche d'une vie sans détours gelée mais transie de tout le cran et tout le front des hommes réunis une vie qui frappe tout au bout il y a une fanfare qui s'est calmée l'anche et l'embouchure debout qui fait ça en sourdine et un train traverse la gare et les gens aussi tout autour des jambes qui passent sous les figures des manteaux verts-jaunes-pourpres des manières infinies de partir devant apparaissent des lulus et une main tendue un chien qui s'attarde mais maître fulmine reviens au plus vite sacrant bâtard tu ferais mieux de déguerpir un poil est tombé sur le soulier vite faudrait pas te faire empailler à côté des romans arlequins y'a une fleur qui attend les cheveux en épis de se faire prendre par des mains moites du bout des doigts une cigarette martelée puis écrabouillée frénétiquement dans le cendrier des yeux qui ne voient pas des mensonges qui se fomentent et le temps se retranche de l'énorme horloge des bagues font le tour des doigts les chaînettes entortillent les cous on se pend de partout et on entend le froid froisser les manteaux et les mains se mettent aux collets tout autour est sourd on veut partir l'anxiété de quitter la gorge coincée l'attente de serrer une joue de foutre une bine sur l'épaule la vie transie de se dire qu'elle est une éponge qui a absorbé le tourbillon

15.11.08

Ivresse et sornettes sous la couette

Les draps blancs éculés ne seront des drapeaux
que l'on brandit pour trêve ou utopie grivoise

Je promets jure et crache

que je ne dirai rien d'amical ni d'aimant
en ces soirées propices à la sale démesure

Je promets crache et jure

qu'il ne faut t'inquiéter du bruit entre mes bras
sans capitulation oublions la chamade

Je crache jure et promets

de déposer mon coeur sur la table de chevet
à côté des Trojan...........du sang et du foutre

6.11.08

Bricoles

Le petit moi élimé
bataille les cheveux
le visage en pinata
l'avenir mascara coulé
dans le béton capricorne

Des ribambelles de papier..............journaux découpés
..........................images tricotées mâchées
..............................................................sont placardés
...au soleil de ses perspectives

Quelques nouvelles
les biscuits chinois les gratte-ciels les légos
la grêle les escargots les souverains circuits
petits gâchis et péchés véniels
s'emboîtent dans sa tête sans ambages

On m'a tendu un baton de bois
pour que de sa binette émane
une odeur de Daishowa

Parmi les gravats j'en suis
à déchirer les pancartes du bonheur
à dérailler les trains qui restent
à rapailler la connerie amoncelée
à faire la une de la Presse

Je trace une ligne entre mes seins
m'ouvre le thorax y trempe un doigt
puis bricole une maison postiche
pour le petit moi qui n'a plus de toit

10.10.08

Halte, capitaine!

Les bras croisés, proche de Bréboeuf, sur Laurier. L'air d'un capitaine. Le visage osseux. Probablement des années de guerre. Me suis arrêté. Il guettait le coin de la ruelle. Fallait bien lui porter attention à ce captain. Alors avant qu'il n'use de son sifflet, je l'ai moi-même sifflé. Un p'tit air tout doux. Y'avait l'air perplexe. N'a pas bougé d'un poil. Je lui ai dit qu'il me faisait penser aux para-militaires du Mexique, ceux qui se camouflaient dans la jungle pour nous faire badtripper solide sur notre trip de champignons. Je lui ai demandé si son coin de ruelle recelait de trésors cachés. Encore une fois, il était raide comme une brique. Fixait le lointain. J'ai fait: merde, tu m'intrigues! Je voulais vraiment savoir la raison de sa présence, l'équation du 2 + 2. Il m'aidait pas avec son air stoïque, fallait que je trouve tout toute seule. Pas juste. J'ai donc suivi son regard. Y'avait une dame assise sur sa terrasse au premier étage. Timidement, je me suis approchée. Elle brodait des cartes de souhaits. Celles qui étaient terminées volaient au vent sur une corde à linge. J'ai pris la plus belle ou y étaient brodées des spirales de papier. J'ai sorti mon crayon de bois et j'ai griffonné: "Quelqu'un vous a à l'oeil. Vous êtes chanceuse." Je lui ai redonné la carte avec le dernier cinq piasses chiffonné au fond de ma poche. Quand je suis partie, j'ai fait un clin d'oeil au capitaine.

Bien entendu, il a fait semblant de ne pas m'avoir vu.




le captain blasté